PARIS (Reuters) - Les députés ont engagé l'examen de l'article-clef du projet de loi sur l'énergie, celui qui permet la privatisation de Gaz de France en vue de sa fusion avec le groupe Suez.
De nombreux orateurs se sont inscrits dans l'examen de cet article qui propose d'abaisser la participation de l'Etat de "plus de 70%" actuellement à "au moins un tiers" du capital de
GDF.
Les groupes PS, PCR et UDF de même que plusieurs élus UMP sont hostiles à cette privatisation.
Parmi les intervenants dans le débat sur cet article, pour la plupart de gauche, figuraient notamment les "présidentiables" du groupe socialiste, Ségolène Royal, Laurent Fabius, Jack Lang, François Hollande et Dominique Strauss-Kahn.
Ségolène Royal, qui devait ensuite s'envoler pour un déplacement au Sénégal, a qualifié le projet gouvernemental de "faute", affirmant qu'il allait "provoquer une hausse du prix de l'énergie" et qu'il allait "menacer l'indépendance énergétique de la France".
"Ce débat parlementaire est une occasion manquée", a-t-elle ajouté avant de plaider en faveur d'un rapprochement EDF-GdF afin de constituer un "pôle public national de l'énergie".
"Nous devrons remettre à plat l'ensemble de ce dossier" a-t-elle dit. "Nous devrons remettre dans le secteur public EDF et GDF pour créer un champion national de l'énergie".
Dominique Strauss-Khan a affirmé que cette réforme "est un mauvais coup porté à la France et aux Français". "Ca n'améliore pas la sécurité d'approvisionnement de notre pays, ça nuit au service public, ça augmente les risques d'OPA sur le nouvel ensemble".
"Au total, personne n'a rien à gagner à cette affaire sauf, peut-être, les actionnaires de Suez", a ajouté l'ancien ministre des Finances avant que Laurent Fabius, lui aussi ancien hôte de Bercy, qualifie à son tour le texte de "mauvais".
"Nous avons une panoplie (d'entreprises dans le domaine de l'énergie) qui est sans équivalent dans le monde et au lieu de vous appuyer sur cette panoplie, sur cet ensemble pour bâtir une politique française et européenne vous l'affaiblissez en privatisant Gaz de France. Pour nous il n'en ait pas question", a conclu Laurent Fabius.
"UNE FAUTE" ESTIME L'UDF
"Nous sommes ici mobilisés pour faire front, pour faire barrage contre une opération qui est un forfait contre la démocratie, qui est forfait contre la Nation", a dit Jack Lang dans les couloirs du Palais-Bourbon.
"On veut détruire tout un secteur stratégique de l'économie française", a-t-il ajouté après avoir rappelé que Nicolas Sarkozy, alors qu'il était ministre de l'Economie, s'était engagé en 2004 à ce que la participation de l'Etat dans GDF ne puisse être inférieure à 70%.
Finalement François Hollande et Jack Lang, pourtant présents, ne sont pas intervenus dans l'hémicycle comme prévu, laissant leur temps de parole à d'autres orateurs du groupe socialiste.
"Nous considérons que la privatisation de GDF est une faute car nous sommes dans le secteur énergétique. C'est une faute car l'importance du gaz sera croissante", a affirmé l'UDF Jean Dionis du Séjour.
"Comptez sur notre détermination à revenir sur les choix que vous imposez aujourd'hui à notre pays au mépris de l'intérêt national et de la volonté majoritaire de notre pays", a dit le communiste Daniel Paul.
Répondant aux orateurs, le ministre de l'Economie, Thierry Breton, a ironisé sur la série d'interventions des "présidentiables socialistes".
"On s'attendait aujourd'hui à une sorte de Lens bis", a-t-il dit en faisant allusion à une récente rencontre où les candidats socialistes à la candidature se sont tous exprimés.
"On a vu en effet un certain nombre de candidats s'exprimer", a-t-il dit en soulignant au passage, sans citer son nom, "qu'un d'entre eux avait très nettement surnagé par rapport aux autres".
"Maintenant les débats peuvent reprendre leur cours plus sereinement, plus loyalement. Tous ce que nous avons entendu nous l'avons débattu depuis le début" a-t-il poursuivi en félicitant la "poignée" de députés de gauche présents depuis les débuts en séance.
Le ministre a vanté une nouvelle fois son texte. "Nous pensons qu'il faut donner à Gaz de France les moyens d'aller de l'avant, lui permettre de lier une alliance en faisant en sorte que l'Etat puisse préserver une minorité de blocage, en faisant en sorte également que l'Etat puisse disposer d'une action spécifique. Rentrons dans le vif du sujet", a-t-il lancé.
Sur ce seul article, quelque 50.000 amendements ont été déposés. Environ 20.000 d'entre eux ayant été déclarés irrecevables, il en reste donc environ 30.000 a examiner.
Son examen pourrait durer une ou deux journées.
La conférence des présidents de l'Assemblée nationale a fixé à jeudi la fin de l'examen de ce texte, qui compte dix-sept articles et sur lesquels avaient été déposés quelque 137.500 amendements, un record.
Il est possible que l'examen du texte, commencé le 7 septembre, ne s'achève qu'en fin de semaine, mais le vote solennel est toujours prévu pour le mardi 3 octobre, date de l'ouverture de la session ordinaire 2006-2007 du Parlement et d'une manifestation nationale organisée à Paris par les quatre fédérations syndicales hostiles à la privatisation de GdF.
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander



Commentaires