Vendredi 29 septembre 2006
5
29
/09
/2006
14:04
La déforestation totale de cette petite île isolée reste un mystère.
En 1722, l’Hollandais Rooggeveen découvrit le jour de Pâques, perdue dans l’Océan Pacifique, , qu’il nomma pour l’occasion, Île de Pâques.
Il s’agit d’une île très particulière pour bien des raisons.
En effet, contrairement à ce que l’on aurait pu s’attendre, cette île qui est pourtant l’île la plus éloignée de tout continent, était habitée. D’où venaient ces insulaires et qu’est-ce qui les avaient poussé à venir jusque là ?
Plus fascinant encore, d’énormes statues faisant dos à la mer étaient érigées tout autour de l’Île.
Comment avaient-ils fait pour les fabriquer, les transporter et les ériger alors qu’ils semblaient disposer de vraiment peu de moyens pour le faire. En fait, était-ce vraiment eux qui avaient construit ces immenses statues ? Et si oui, pour quelle raison avaient-ils construit des monuments aussi impressionnants ?
Ces grandes statues, ou Moai, ont aussi grandement surpris tous les explorateurs qui sont venus par la suite. En effet, comme le couvert forestier semblait avoir complètement disparu à cette époque, les explorateurs se sont demandé comment les Pascuans (habitants de l’Île de Pâques) avaient pu procéder pour leur fabrication, leur transport, et leur érection, sans bois ni cordages ?
Bien des hypothèses ont vu le jour pour expliquer la présence de ce peuple et de ces Moai. Il est maintenant démontré que les Pascuans sont d’origine polynésienne, que ce sont bel et bien eux qui ont taillé, déplacé et érigé ces Moai et que ces Moai sont des objets de cultes.
Si l’on a pu trouver des explications satisfaisantes à ces interrogations, l’explication la plus généralement admise pour expliquer la déforestation de l’Île nous parait nécessiter que l’on revienne un peu sur la question.
En effet, l’Île de Pâques est souvent citée en exemple pour illustrer les graves conséquences d’une surexploitation des ressources naturelles par l’homme.
Selon la thèse la plus généralement évoquée, la déforestation de l’île constatée par ses premiers explorateurs, serait due à l’incurie des Pascuans eux-mêmes qui, inconsidérément, auraient complètement déforesté l’île à des fins domestiques, ou encore plus insensément, pour fabriquer, transporter et ériger leurs fameux Moai. Conduisant ainsi au déclin de leur civilisation et à la presque disparition des habitants de l'île.
Or, cette affirmation a besoin d'être nuancée. En effet, affirmer que les Pascuans ont déboisé leur île jusqu'au dernier arbre pour des fins domestiques et pour ériger les Moai est une hypothèse parmi d'autres hypothèse possible, aucune preuve scientifique ne valide cette hypothèse pour l'instant, elle demeure donc une hypothèse parmi d'autres.
Par ailleurs, affirmer que la disparition du couvert forestier a entraîné la disparition totale de la civilisation pascuane et de ses habitants est une erreur historique.
En effet, les recherches dans ce domaine nous apprennent que la civilisation Pascuane après une période d'expansion aurait connu un certain déclin. Ce déclin serait contemporain à la disparition du couvert forestier de l'île. Ce déclin se traduirait aussi par une baisse de la population et par l'arrêt de la production des grandes statues. Des guerres fratricides sont aussi rapportées dans les légendes locales et un grand nombre de pointes d'obsidiennes meurtrières semblent avoir été fabriqués à une certaine période.
Par la suite la situation semble se stabiliser et c'est lors du contact avec les occidentaux que la population passe à deux doigts de disparaître complètement et que disparaît en grande partie la culture et les traditions de cette civilisation.
En effet, lors de l'arrivée de ces premiers occidentaux, la population de l'île de Pâques semble vivre honorablement de ses ressources limitées.
Pour vérifier les conditions de vie à cette époque, retournons aux commentaires des premiers explorateurs de l'île:
En 1786, Jean François De la Pérouse fait, avec son équipage une reconnaissance approfondie de l’Île et de ses monuments. Par la même occasion, il laisse aux habitants de l’Île de nouveaux animaux pour qu’ils en fassent l’élevage et de nouvelles variétés de graines à semer.
De La Pérouse nous rapporte qu'à son arrivée il est accueilli par plusieurs centaines d’indigènes. De La Pérouse mentionne qu’ils sont sans armes et que leurs cris et leur physionomie expriment la joie.
Lors de son passage, De La Pérouse soupçonne qu’un désastre écologique s'est déjà produit sur l’Île. En effet, constatant que celle-ci était complètement dépourvue d’arbres, il suppose que ses habitants ont eu l’imprudence de tous les couper dans des temps sans doute très reculés. Il considère que cette imprudence « a exposé leur sol à être calciné par l’ardeur du soleil, et les a réduits à n’avoir ni ravin, ni ruisseaux, ni sources : ils ignoraient que dans les petites îles, au milieu d’un océan immense, la fraîcheur de la terre couverte d’arbres, peut seule arrêter, condenser les nuages, et entretenir ainsi sur les montagnes une pluie presque continuelle qui se répand en sources ou en ruisseaux. » (1). De La Pérouse ne doute pas un instant que le peuple qu’il avait sous les yeux fût privé de cette ressource à cause des gestes malencontreux de ses ancêtres.
Malgré tout, les habitants que découvrent les premiers explorateurs semblent en santé et bien nourris. Ainsi, Roggeveen les trouve musclés, bien proportionnés et de large stature. Il considère même qu’ils ont largement de quoi se nourrir, leur terre n’étant pas aride: “... outstandingly fruitful, producing bananas, sweet potatoes, sugar-cane of special thickness, and many other sorts of produce, although devoid of large trees and livestock, apart from fowls, so this land, because of its rich earth and good climate, could be made into an earthly Paradise if it was properly cultivated and worked, which at presents is done to the extent that the inabitants are required to for maintenance of life,”(3)
De La Pérouse constate aussi que seulement le dixième de la terre arable de l’île est effectivement cultivée, que cette terre est très riche, à tel point qu’il est persuadé que grâce à leur organisation sociale « trois jours de travail suffisent à chaque indien pour se procurer la subsistance d’une année.»(4).
Il faut cependant attendre le résultat d’une étude récente de John R. Flenley pour confirmer que l’Île de Pâques avait effectivement été autrefois couverte de forêts. Cette étude basée sur la présence de pollen à différentes profondeurs dans le sol suggère aussi que l’Île aurait perdu son couvert forestier à partir de l'an mille de notre ère. (2)
La pénurie d’arbres sur l’Île a fort probablement contribué à l’arrêt de la production des statues de pierre, puisque les troncs d’arbres semblaient nécessaires à l’extraction et au transport de celles-ci. Elle a aussi probablement considérablement réduit la quantité d’eau douce disponible sur l’Île et a certainement fait disparaître un environnement plus viable pour ses habitants.
Si la déforestation totale de l’Île de Pâques a fort probablement contribué à diminuer la grandeur de la civilisation de l’Île en terme de culture et de monuments impressionnants, elle n’a pas fait disparaître pour autant sa population qui, à l’arrivée des premiers explorateurs, vit honorablement des autres ressources dont elle dispose.
Une société humaine est bien sûr dépendante de son environnement. Elle l’est d’autant plus qu’elle se trouve sur une île perdue au milieu du Pacifique, que cette île est sujette aux famines dues à la sécheresse, qu’elle est sujette au phénomène d’El Nino et aux tsunamis. Le dernier tsunami date de 1960 et renversa toutes les statues de l’Ahu Tongariki et rasa cet Ahu. Des rats comestibles apportés par les polynésiens sont aussi soupçonnés d’avoir débalancé le cycle de régénération des grands palmiers qui recouvraient l’Île à une certaine époque en faisant des noix de palmier le met principal de leur alimentation. Ces rats n’avaient pas d’autres prédateurs que l’homme sur cette île.
Si l'Île était recouverte d'arbres à une époque ancienne, il est plus probable qu'une combinaison de facteurs climatiques et d'intervention humaine ait contribué à cette déforestation massive. La thèse voulant que ses habitants aient coupé les arbres jusqu'au dernier pour pour l'usage domestique et pour ériger des immenses statues, semble exagérée compte tenu de la mentalité des polynésiens. En effet, n'oublions pas que les polynésiens avaient une longue tradition de colonisateurs des îles du Pacifique. Ils emportaient avec eux des animaux, ainsi que des pousses de plusieurs variétés d'arbres et de plantes qui servaient à leur survie lors de l'implantation d'une nouvelle colonie. Ils connaissaient l'importance des arbres. Les arbres étaient nécessaires pour les nourrir de leurs fruits, pour la fabrication des embarcations, des tissus et des cordages, pour la sculpture d'objets usuels et de rites, ainsi que pour l'usage domestique .
Les données historiques nous apprennent que ce n'est pas la déforestation qui a porté le coup de grâce à la civilisation de l’Île de Pâques et qui a entraîné la disparition de sa population. Ce coup de grâce a été donné par des blancs (péruviens) venus s’emparer d’une grande partie de la population locale pour en faire des esclaves. La faible population restée sur l’Île se trouva complètement dépourvue de son organisation sociale, de sa culture et de ses connaissances. Ses dirigeants, ses grands prêtres et les personnes chargées de transmettre la tradition ayant eux aussi été expatriés et réduits à l’esclavage. Par la suite, les maladies apportées par les blancs ont disséminé le reste de la population qui s'est trouvée réduite à environ 110 habitants.
C'est donc, encore une fois, le contact avec le monde occidental qui a entraîné la disparition d'une civilisation dite primitive et la quasi-disparition de sa population, et non pas la propre incurie de cette population.
(1) Voyage De La Pérouse autour du monde, publié d’après les manuscrits de l’auteur, Ed. du Carrefour, Paris, 1930, p.35(2) Nouveau regard sur l’Île de Pâques, Rapa Nui, Chapitre IX Histoire de la végétation de l’Île de Pâques au quaternaire récent : quelques indications palynologiques préliminaires, Collectif, Ed. Moana, Corbeil, 1982, p. 109(3) The Journal of Jacob Roggeveen, edited by Andew Sharp, Clarendon Press, Oxford, 1970, p. 103(4) Voyage De La Pérouse autour du monde, publié d’après les manuscrits de l’auteur, Ed. du Carrefour, Paris, 1930, p. 39
J.H. Daude
( Jean-Herve Daude )
Nous pouvons tirer de nombreux enseignements de ce qui est arrivé aux habitant-es de l'Île de Paques du XVIIIème siècle car nous sommes dans des situations similaires. Il serait peut-être temps de s'alarmer :
"Ce coup de grâce a été donné par des blancs (péruviens) venus s’emparer d’une grande partie de la population locale pour en faire des esclaves."
Ce problème de l'esclavage se retrouve aujourd'hui dans le rythme de vie imposé par les industriels et l'Etat.
"La faible population restée sur l’Île se trouva complètement dépourvue de son organisation sociale, de sa culture et de ses connaissances."
C'est notre cas aussi: le lien, social se déchire (ou plutôt "est déchiré et destructuré par le capitalisme")
Notre culture est en phase de destruction totale (par les industriels)
Nos connaissances régressent car elles sont désormais subordonnées aux intérêts des industriels
"Par la suite, les maladies apportées par les blancs ont disséminé le reste de la population qui s'est trouvée réduite à environ 110 habitants."
Nous risquons fort d'être exposé-es à des maladies graves et chroniques, certaines nous étant encore inconnues, découlant du réchauffement climatique accéléré de ces dernières années, du bouleversement écologique qu'il induit en terme de biodiversité, de fonte des glaces, de micro-climats, de zone nouvellement tropicales.
Enfin même la déforestation est quelque chose qui nous frappe toutes/tous
Enfin, l'organisation sociale des Pascuan-nes (habitant-es de l'Île de Pâques) du XVIIIè siècle, selon "Voyage De La Pérouse autour du monde", publié d’après les manuscrits de l’auteur, Ed. du Carrefour, Paris, 1930, p. 39 « trois jours de travail suffisent à chaque indien pour se procurer la subsistance d’une année.»
Nous pourrions donc travailler 3 jours par an, peut-être une semaine pour être sûr-es de ne pas travailler de nuit. Disons un mois par an pour voir large, comprenant notre mode de vie, le nombre d'habitant-es, etc...
Nous en sommes loin puisqu'on veut nous faire trimer toute notre vie !
Cilou.
Commentaires