Comme pour toutes les conduites de dépendance, les conséquences de la consommation excessive d'alcool sont particulièrement graves tant au plan physiopathologique, qu'au plan psychosocial.
La plus grande part des mortalités prématurées (qui peuvent être évitée) de même qu'une grande part des pathologies, sont en lien direct ou indirect avec la consommation d'alcool (premier comportement dit « à risque », avec le tabac). Encore aujourd'hui, entre 35 000 et 45 000 décès en France sont attribués à la consommation d'alcool, qui fait de ce phénomène un problème majeur de santé publique.
Des risques à court ou long termes, occasionnels ou irréversibles
Ces conséquences varient selon : - la quantité ingérée (excessive ou non), - le mode de consommation (occasionnel ou chronique), - le sexe (à quantité ingérée plus faible, les femmes ont 3 à 4 fois plus de risques de développer une cirrhose que les hommes), - l'âge lors de la première prise (plus l'âge de la première consommation d'alcool est précoce, plus le risque d'une consommation excessive à l'âge adulte s'accroît),
- les conditions de la prise (à jeun, la diffusion est beaucoup plus rapide qu'au cours d'un repas), - les prédispositions génétiques (présence ou déficit en ALDH, - acétaldéhyde déshydrogénase -, enzyme chargé de métaboliser l'alcool).
À court terme, la prise d'alcool entraîne l'ivresse, un état de désinhibition pouvant être à l'origine d'accidents de la circulation, d'accidents du travail, de violences publiques ou conjugales.
À plus long terme, la consommation régulière d'alcool entraîne une dépendance qui se manifeste par une recherche compulsive du produit. Elle a de forts retentissements sur le statut social : les étudiants consommateurs réguliers d'alcool font, en moyenne, deux années d'études de moins que les autres, les hommes alcoolodépendants occupent moins d'emplois à temps plein et moins de métiers de « cols blancs » que les autres.
Enfin, consommé en excès pendant plusieurs années, l'alcool a des effets redoutables sur l'organisme, notamment sur le foie et le système nerveux. Les atteintes du foie provoquent des surcharges en lipides (stéatoses), des cirrhoses, des hépatites alcooliques, et aggravent l'évolution des hépatites B et C. Les atteintes du système nerveux diminuent l'activité des neurones et provoquent des troubles cognitifs (les tâches sont exécutées plus rapidement mais avec un taux d'erreurs accru), des troubles de la mémoire, de la perception, une détérioration des capacités d'élaboration, une désorganisation des mouvements, des états confusionnels (syndrome de Korsakoff).
En outre, le contact du produit avec les voies aéro-digestives supérieures, entraîne chez les gros consommateurs d'alcool un risque accru de cancers de la bouche, du pharynx, de l'oesophage et du larynx. Enfin, l'alcool traversant aisément la barrière placentaire, on sait aujourd'hui que les femmes enceintes qui consomment régulièrement de l'alcool prennent le risque de perturber le développement psychomoteur de leur enfant.
Des recherches sur tous les fronts
Face à ces risques, la recherche se développe dans de nombreuses directions :
- sur le plan fondamental : elle porte sur l'étude des mécanismes de l'atteinte neuronale lors d'une prise excessive d'alcool, ainsi que sur les mécanismes de toxicité de l'alcool dans le foie ;
- sur le plan clinique : elle porte sur l'étude de l'influence des modes de consommation d'alcool sur le développement de différentes pathologies ;
- sur le plan thérapeutique : elle vise à développer les traitements de la dépendance alcoolique ;
- sur le plan préventif : elle vise à mettre au point des stratégies de dépistage de la consommation d'alcool chez les femmes enceintes, à étudier l'évolution des modes de consommation des jeunes, ainsi que les différentes perceptions du risque chez les automobilistes afin d'adapter les messages de prévention et de mesurer l'efficacité respective des politiques de répression et des campagnes de prévention ;
- sur le plan épidémiologique : elle porte sur la mise au point d'outils méthodologiques fiables capables de mesurer précisément les quantités réelles d'alcool ingérées par un individu au cours du temps, afin de développer des connaissances sur les relations entre alcool et santé qui ne soient pas fondées sur de simples déclarations de consommateurs ;
- sur le plan de la santé publique : elle vise à évaluer l'ensemble du retentissement social de l'alcool en France ;
Des actions dans toutes les directions
La prévention de l'alcoolisme prend également de multiples formes.
L'information du public, en particulier en direction des jeunes, porte non seulement sur les produits alcoolisés et leurs effets, mais aussi sur les conséquences à court terme et les effets à plus long terme du passage d'une consommation expérimentale à une consommation régulière, puis abusive.
La formation des médecins généralistes vise à les aider à mieux repérer les patients présentant un problème alcoolique, notamment les femmes enceintes ; la création de modules d'alcoologie dans le cadre du cursus de médecine et d'une filière universitaire d'addictologie est évoquée. Les médecins scolaires, les médecins du travail et les travailleurs sociaux, quant à eux, sont plus à même d'exercer un suivi plus particulier des populations les plus vulnérables.
Une application plus stricte de la réglementation en matière de publicité pour les alcools est également envisagée hormis pour le vin.
La stratégie de prise en charge des personnes alcoolodépendantes associe étroitement le patient dans un projet thérapeutique fondé sur des objectifs précis et destiné à aboutir à un maintien de l'abstinence. Elle est définie entre le soignant et le patient selon la gravité (niveau de dépendance, troubles mentaux associés ou non), le stade de la pathologie, la motivation à arrêter de boire. Le sevrage est aujourd'hui devenu supportable grâce à l'administration de médicaments anxiolytiques ; il est généralement associé à un accompagnement psychothérapeutique. Le suivi est assuré au travers de consultations hospitalières en alcoologie. Des interventions dites « brèves », sous forme de conseils donnés par le médecin généraliste, peuvent également éviter l'entrée en dépendance.
Les moyens préventifs et thérapeutiques contre la consommation excessive d'alcool existent et sont efficaces. Un chiffre : en vingt ans, le taux de mortalité lié à la consommation chronique d'alcool a chuté d'environ 40 %. Cependant, face au ralentissement de cette baisse et au maintien d'un niveau élevé des ventes d'alcool en France, la mobilisation des pouvoirs publics, des acteurs de santé et des chercheurs reste indispensable.
Tu parles ! Le marché des spiritueux est EXTREMEMENT rentable pour le gouvernement français et le lobby de ce marché est extrêmement puissant ! Ca fait un moment qu'on connaît les méfaits de l'alcool et qu'on constate une attitude des pouvoirs publics plus tolérante que pour la cigarette ! ET MEME ! On est en train de banaliser l'alcool et on permet au marché des spiritueux de s'intéresser aux ados ! (cf. l'article "et si on prenait les ados pour des adultes" de Destination santé, dans cette même rubrique)
:
Blog féministe, anarchiste, homophile sur l'actualité technologique, sociale, politique et culturelle en France et ailleurs, réflexions, discussions, ...
Commentaires