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CPE / CNE

Vendredi 22 septembre 2006
ven 22 sep, 9h30

Le gouvernement préférerait que les affaires relatives au contrat nouvelle embauche relèvent de la compétence du juge administratif. Aussi, au grand dam des syndicats, la cour d'appel est invitée à se dessaisir.

Les débats risquent d'être animés ce matin devant la 18e chambre de la cour d'appel de Paris. C'est en effet la première fois qu'une cour d'appel aura à se prononcer sur la validité du contrat nouvelle embauche (CNE) créé par Dominique de Villepin, qui permet à une entreprise, durant les deux premières années, de licencier un salarié sans avoir à motiver sa décision.

En réalité, ce sont deux affaires jugées au printemps dernier par le conseil de prud'hommes de Longjumeau qui vont être examinées par la cour... Sauf si un report était prononcé, ce que certaines parties n'excluaient pas. Le dossier est complexe car l'État s'est invité dans la procédure, via ce que les juristes appellent le " déclinatoire de compétence ". Explication. Le conseil de prud'hommes de Longjumeau, dans une décision du 28 avril 2006, avait estimé que l'ordonnance du 2 août 2005 instituant le CNE était illégale pour non-respect de la convention 158 de l'Organisation internationale du travail (OIT). Celle-ci précise que l'ancienneté requise pour bénéficier du droit commun du licenciement doit être " raisonnable ". Or pour le conseil de prud'hommes, une durée unique de deux ans imposée à tous les titulaires d'un CNE est " déraisonnable ". Le préfet de l'Essonne, sur instruction du gouvernement, a alors saisi le procureur de la République afin que la cour d'appel de Paris soit " invitée " à renvoyer devant la juridiction administrative la question de la légalité de l'ordonnance. Car en aucun cas le conseil de prud'hommes n'était compétent pour déclarer illégal un texte réglementaire.

Syndicats attentifs. Pour l'État, représenté par le préfet, l'ordonnance du 2 août 2005 garde en effet un caractère réglementaire tant qu'elle n'a pas été ratifiée par le Parlement. C'est pourquoi il est demandé au juge judiciaire de " décliner " sa compétence au profit du juge administratif. De deux choses l'une, soit la cour d'appel accepte cette argumentation et l'affaire sera alors examinée par le Conseil d'État. Or, la haute juridiction administrative a déjà validé l'ordonnance en octobre 2005. Soit la cour d'appel résiste, dans ce cas le conflit serait " élevé ", c'est-à-dire qu'il appartiendrait au tribunal des conflits de déterminer la juridiction compétente.

En fait, derrière toutes ces procédures, il est manifeste que le gouvernement voudrait éviter que les affaires de CNE arrivent devant la Cour de cassation, qui risquerait fort de considérer que la convention 158 de l'OIT doit s'appliquer. Ce qui signifierait la mort de ce contrat et représenterait une victoire pour les syndicats, très impliqués sur ce dossier litigieux.

La CFDT, qui sera partie prenante dans les deux affaires jugées aujourd'hui, affûte ses arguments : " D'abord, si l'ordonnance n'a pas été ratifiée par le Parlement, c'est une faute de l'État. Et si la cour d'appel suit la logique du préfet, nous opposerons le fait qu'une ordonnance, simple texte réglementaire, ne peut écarter des dispositions législatives du Code du travail relatives au licenciement. " C'est donc bien l'avenir du CNE qui va se jouer dans les semaines à venir. Car, après les cours d'appel françaises, ce sont les décisions des juridictions européennes et l'OIT, saisies par les syndicats, qui vont à leur tour se prononcer.

Par Cilou Lilou
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Vendredi 22 septembre 2006
vendredi 22 septembre 2006, 19h07

PARIS (AFP) - Le gouvernement a perdu une manche vendredi dans la bataille de procédures qui l'oppose aux syndicats toujours déterminés à avoir la peau du contrat nouvelles embauches (CNE).
Le parquet général a en effet estimé que la cour d'appel de Paris était compétente dans ce dossier, comme le réclamaient les syndicats.

L'affaire est loin d'être tranchée mais FO, la CGT, la CFTC, tous ont pris acte avec "satisfaction" de la position du parquet.

"Cela nous rassure", a déclaré Jacques Voisin, président de la CFTC.

"Cela ne veut pas dire que tout est gagné, mais je vois difficilement que cela puisse confirmer la position officielle", a commenté Marie Jacek, conseillère juridique à la CGT.

Le nouvel épisode se jouait devant la cour d'appel de Paris, censée examiner un jugement rendu le 28 avril en faveur d'une salariée de Versailles licenciée après un CNE.

Le conseil des prud'hommes de Longjumeau avait contesté la durée de deux ans pendant laquelle un salarié embauché en CNE pouvait être licencié sans motivation, jugée "déraisonnable", notamment au regard de la convention 158 de l'Organisation internationale du travail (OIT) ratifiée par la France.

Le gouvernement, partisan d'un contrat de travail "assoupli" pour lutter contre le chômage, n'a pas attendu le résultat de l'appel et entamé une manoeuvre pour ramener le dossier dans le giron de la justice administrative, dont la plus haute instance, le Conseil d'Etat, a déjà validé le CNE.

Le préfet de l'Essonne, Gérard Moisselin, agissant sur instruction du ministère de l'Emploi, est donc intervenu pour demander que la cour d'appel soit dessaisie, une démarche inhabituelle, "scandaleuse" même, selon la CFTC.

Dans son mémoire déposé en juillet, le préfet affirme que l'ordonnance du 2 août 2005 instituant le CNE a un caractère réglementaire et relève de la justice administrative, et non judiciaire.

Faux, répond vendredi l'avocat général qui estime la cour d'appel compétente, car la convention de l'OIT invoquée en première instance par les prud'hommes de Longjumeau est un texte supranational revêtant un caractère judiciaire.

Le CNE est "en ballottage", jubile FO, en prenant rendez-vous pour le 20 octobre, date à laquelle la cour d'appel statuera sur sa compétence.

De nouveaux rebondissements sont à prévoir car même si la cour d'appel de Paris se déclare compétente, le préfet pourra contester cette décision en saisissant le tribunal des conflits. Dans le cas contraire, les syndicats pourront se pourvoir en cassation.

"Ce n'est pas simplement une péripétie, c'est une vraie bataille", a souligné Marie Jacek (CGT).

Presque tous les syndicats se sont constitués "parties intervenantes" dans l'affaire au nom de la défense des intérêts collectifs.

Ils ont un autre fer au feu puisque FO a saisi la commission des normes de l'OIT à Genève dont l'avis, attendu courant novembre, aura une portée morale.

Depuis août 2005, date d'entrée en vigueur du CNE, 606.000 intentions d'embauches ont été déclarées en CNE dans les entreprises de moins de 20 salariés, auxquelles ce dispositif est réservé.

Le CNE concerne moins d'une intention d'embauche sur dix dans cette taille d'établissement, selon l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale.

Le CNE est surtout recherché par des employeurs du BTP, mais certains responsables patronaux, comme la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment, se plaignent du manque de sécurité du CNE et ne cachent pas leur impatience de voir le point final de cette bataille juridique.

Claudine RENAUD

Par Cilou Lilou
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